Nous étions à Cannes le 8 septembre, jour d'ouverture. On y voit une industrie en pleine forme et, dans les allées, des gens qui hésitent depuis des années. L'écart entre les deux mérite mieux qu'un argumentaire commercial : il dit quelque chose de ce qu'est devenue la grande croisière.
Le Cannes Yachting Festival est le premier salon à flot d'Europe : plus de sept cents bateaux de cinq à cinquante-cinq mètres, répartis entre le Vieux Port pour les unités neuves et le Port Canto pour la voile et l'occasion. L'édition 2026 s'est tenue du 8 au 13 septembre.
Deux choses frappent quand on remonte les pontons. La première, c'est la place prise par le multicoque de grande croisière, qui occupe désormais une position centrale là où il faisait figure de curiosité il y a quinze ans. La seconde, c'est la taille : les bateaux proposés à des particuliers ont grandi de plusieurs pieds en une décennie, et un catamaran de quarante-cinq à cinquante pieds est devenu une acquisition courante plutôt qu'un choix d'initié.
Ce que le salon ne dit pas, en revanche, c'est ce qui se passe après. Un salon vend des bateaux, et il les vend bien. Il ne vend pas du temps de navigation, ni de la compétence, ni de la disponibilité. Or ce sont ces trois choses, beaucoup plus que le prix affiché, qui déterminent si un projet de grande croisière aboutit.
Prenons un catamaran de voyage neuf de quarante-cinq pieds, la catégorie qui intéresse la plupart des visiteurs sérieux. Trois ordres de grandeur structurent son économie, et aucun n'est mis en avant sur un stand.
Additionnez les trois et rapportez-les au nombre de semaines réellement passées à bord. C'est la seule opération qui compte, et elle change complètement la perception du sujet.
La plupart des acquéreurs de ce type de bateau sont des actifs : chefs d'entreprise, professions libérales, cadres dirigeants. Des gens qui ont les moyens d'acheter, et qui n'ont pas les semaines. En pratique, un propriétaire actif parvient à dégager six à dix semaines de navigation par an, et souvent moins les premières années.
Un bateau utilisé dix semaines par an est un bateau qui dort quarante-deux semaines, à la charge exclusive d'une seule personne.
La conséquence est contre-intuitive : ce n'est pas le prix d'achat qui rend l'opération difficile, c'est le taux d'utilisation. Un même bateau, utilisé vingt-cinq ou trente semaines par an, a un coût par semaine de mer trois fois plus faible, sans qu'un euro du prix d'achat n'ait changé. Le problème à résoudre n'est donc pas financier au sens où on l'entend habituellement. Il est calendaire.
C'est aussi pourquoi les projets meurent souvent dans les six mois qui suivent un salon. Non pas parce que l'acheteur a renoncé à l'envie, mais parce qu'en refaisant ses comptes à froid, il constate qu'il va payer très cher un objet qu'il utilisera peu. Il préfère ne rien faire, et repart pour un an.
Il existe un écart plus rarement évoqué, et plus gênant. Les bateaux ont grandi, les systèmes embarqués se sont multipliés, les traversées se sont banalisées. Dans le même temps, le parcours d'un acquéreur ne s'est pas allongé : beaucoup accèdent aujourd'hui directement à un catamaran de quinze mètres sans avoir mené de bateau hauturier auparavant.
Cela produit deux situations, toutes deux observables dans n'importe quel port de Méditerranée. Des bateaux très capables qui ne quittent jamais leur baie d'attache, parce que leur propriétaire n'ose pas. Et, plus rarement mais plus sérieusement, des navigations engagées avec une marge de sécurité insuffisante.
La réponse du marché existe déjà : le recours à un skipper professionnel. Elle est souvent présentée comme un service de confort, alors qu'elle relève d'abord de la sécurité et de l'usage réel du bateau. Un propriétaire qui navigue vingt jours accompagné plutôt que cinq jours seul a fait le bon calcul, y compris pour son plaisir.
Cette situation n'a rien d'inédit. Chaque fois qu'un actif coûteux se retrouve massivement sous-utilisé par ses propriétaires, le marché finit par dissocier la propriété de l'usage.
L'aviation d'affaires l'a fait dans les années quatre-vingt-dix : plus personne, dans cette industrie, ne considère qu'il faut posséder un avion entier pour voler quarante heures par an. L'immobilier de loisir a suivi, avec des formules de droit d'usage qui ont remplacé l'achat d'une résidence secondaire occupée trois semaines. L'automobile de collection connaît le même mouvement.
Le nautisme y vient plus tard, pour une raison culturelle simple : le bateau est un objet d'attachement, et l'idée de le partager heurte quelque chose. Mais l'arithmétique finit toujours par gagner, et le salon 2026 en donne un signe indirect : la question posée dans les allées n'est plus seulement « quel bateau », elle est de plus en plus « selon quel montage ».
Il faut être honnête sur ce point : aucune formule ne domine les autres. Chacune résout un problème différent, et le bon choix dépend de ce qui vous contraint réellement.
L'achat individuel résout le désir de propriété et la liberté totale d'usage. C'est la seule voie qui vous rend propriétaire, avec la plus-value éventuelle. Il ne résout ni le coût d'usage si vous naviguez peu, ni la gestion, ni la compétence.
La copropriété entre particuliers résout le coût : c'est la formule la plus efficace économiquement, personne ne prend de marge. Elle ne résout pas la gouvernance, où les décisions d'entretien lourd exigent un accord unanime, ni la sortie, qui suppose de trouver un repreneur de quote-part accepté par les autres. Beaucoup de copropriétés fonctionnent très bien ; celles qui se défont le font rarement pour des raisons techniques.
La location à la semaine résout l'engagement : zéro risque, zéro capital. Elle ne résout ni la continuité, puisque vous ne retrouvez jamais le même bateau, ni la disponibilité en haute saison sur les unités haut de gamme.
Le droit d'usage au sein d'un club fermé résout le coût d'usage, la gestion et la continuité : un bateau identifié, retrouvé d'une saison à l'autre, sans capital immobilisé et sans rien à revendre en sortie. Il ne résout pas la question patrimoniale, puisque vous n'êtes pas propriétaire et ne percevrez aucune plus-value. C'est un accès, pas un placement, et il faut le dire franchement.
Nous avons détaillé cette comparaison, tableau compris, dans une page dédiée : copropriété de catamaran, location ou club privé, que choisir.
Nous construisons un club autour d'un catamaran Outremer 45 neuf, parce que ce raisonnement nous a conduits à trois décisions concrètes.
D'abord, un seul bateau et un petit nombre de titulaires, pour que chacun accède réellement aux belles périodes : l'usage est découpé en cinq parts de navigation de huit semaines, sans plafond sur le nombre de parts qu'un même membre peut détenir. Ensuite, un programme qui déplace le bateau au rythme des saisons, de la Méditerranée aux Antilles, parce qu'un catamaran qui reste à son ponton l'hiver est exactement le problème décrit plus haut. Enfin, la possibilité de missionner un skipper professionnel indépendant, choisi et rémunéré directement par le membre, pour que la compétence ne soit pas la barrière à l'entrée.
La première saison est visée au printemps 2027. Les parts se répartissent en ce moment entre les membres fondateurs.
Vous rentrez de Cannes avec un projet en tête ?
C'est dans les semaines qui suivent un salon que les décisions se prennent, une fois les chiffres refaits à froid. Si vous voulez faire ce calcul avec vos propres hypothèses de navigation, écrivez-nous : nous le ferons sans chercher à vous convaincre que notre formule est la bonne, parce qu'elle ne l'est pas pour tout le monde.
Le Cannes Yachting Festival se tient chaque année en septembre à Cannes, sur les sites du Vieux Port et du Port Canto. Les dates, la billetterie et la liste officielle des exposants sont publiées sur le site officiel du Cannes Yachting Festival.
Précision
Cette page est éditée par Boat Sharing Club. Elle n'est pas le site officiel du Cannes Yachting Festival, n'est affiliée ni à son organisateur ni au chantier Outremer, et Boat Sharing Club n'y était pas exposant. Les photographies ont été prises sur place le 8 septembre 2026.
Dites-nous combien de semaines vous naviguez réellement et ce que vous cherchez. Nous comparerons les formules sans complaisance, y compris celles qui ne sont pas la nôtre.
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